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De retour a Saigon apres 10 jours passes a Hanoi.
Thanh, Kim-Ly et moi y avions rejoint Bertrand arrive avant nous car il jouait au Phuc Tan le samedi soir. Thanh, qui vient d'un village a 3 heures de route de Hanoi n'y avait mis les pieds
qu'une seule fois - premiere matinee touristique avec ballades et photos du lac Hoan Kiem. Mais la grande aventure c'etait l'avion, qu'elle n'avait jusque la jamais pris. Elle qui est hyper
malade des qu'elle monte plus d'un quart d'heure dans un vehicule, se demandait ce que l'avion allait lui faire. Et tout ce que j'ai pu lui dire pour la rassurer, c'etait que le vol durait moins
de deux heures ce qui est incomparable avec les deux jours de bus qu'il lui faut habituellement pour aller de Saigon a son village... Tout s'est bien passe jusqu'au moment du decollage ou
la, enorme frayeur, et apres s'etre cramponnee a mon bras, elle a passe tout le reste du vol avec son masque en tissus sur la figure et la tete sous sa veste. L'atterissage a ete moins penible et
quelques heures apres quand on lui demandait si le retour en avion allait etre possible, elle etait ok.
A Hanoi, Bert a finalement trouve un hotel a 15 dol assez confortable pour qu'on y passe 10 jours en famille. Le seul inconvenient c'etait la cage d'escalier et le couloir qui resonnaient
enormement... Quelques nuits + les billets de Bert et moi-meme etaient pris en charge par la galerie, une nuit par la soiree Jetlag, soit quasiment la moitie de notre budget total. Situe pres de
l'eglise, tres central dans une ruelle hyper agreable. Le seul inconvenient a ete le temps pourri, encore plus triste pour Thanh et Kim-Ly qui n'ont pas beaucoup pu se ballader pendant que Bert
et moi travaillions - heureusement les chambres a l'hotel etaient tres grandes.
Nous avons accompagnes Thanh et Kiki une fois chez l'oncle de Thanh, a 15mn du centre ville, ou elles ont passe la journee.
Les travaux a la galerie n'etant pas finis, nous n'avons pas pu commencer a installer a la date prevue. On a l'habitude de voir du boulot fait a l'arrache mais la le chantier defiait toute
logique: poncage des fenetres en meme temps que peinture des murs dans la meme salle, peinture du sol avant peinture du plafond, le tout jamais sans bache de protection, nettoyage des petits
galets un par un dans le jardinet en meme temps que peinture du muret juste au dessus, reponcage des fenetres une fois tout nettoye et certaines oeuvres installees (sans protection of course) et
puis tout ce qui est jointures de portes, fenetres, murs-sols, murs-plafonds toutes crados. Ce qui etait le plus desolant c'etait de voir certains materiaux quand meme assez onereux etre
bousilles comme ca... Le summum a ete lors du vernissage - heureusement tout au debut, aucun blesse... - quand une plaque du plafond est tombee dans l'escalier...
Samedi dernier, nous organisions donc une soiree Jetlag. C'est Boris, notre antenne Hanoienne qui avait tout gere en amont et pas sans mal. Olive et Mike sont arrives le samedi meme et Olive est
reste jusqu'au vernissage. La soiree commencait a 18h avec une session experimentale Labo Wonderful (cinemix d'Olive, mix de Mike et live de Tri Minh avec perf de Dao An Khanh, puis soiree
Jetlag qui s'est terminee bien avant l'heure avec les debarquement des flics. Toute l'equipe a migre au Phuc Tan qui nous attendait pour la suite.
Bert au Tunnel
Beili
Jetlag team + Tunnel team
Olive au Phuc Tan
Khanh (Bui Cong Khanh) est arrive dans la semaine. Il fait aussi partie de l'expo. Il est venu dans le meme hotel que nous - ou Olive aussi sejournait. Notre equipe occupait donc 4
chambres sur 12 ce qui a fait poids quand un petit incident est intervenu: un groupe de touristes anglais d'une vingtaine d'annees a debarque et s'est considere comme etant les rois de l'hotel -
rien a battre des autres clients. Ils ont donc mis la musique a fond, gueule dans les escaliers et claque les portes. Le premier soir la fete etait plutot au premier etage et nous on etait au
4eme donc on a pas trop entendu sauf quand deux mecs sont montes a notre etage ou etaient 2 des leurs pour tambouriner comme des sauvages a leur porte en criant a travers. Kiki s'est reveillee a
3h, Bert s'est leve 2 fois et est alle gueuler, ca les a calme. La nuit suivante rebelote cette fois on a entendu la musique et les meubles tires dans le couloir. Reveillee vers 3h sans pouvoir
me rendormir, j'ai dis vers 5h a Bert que plus tard quand toute notre petite famille sera reveillee, j'irai taper aux portes des gars pour les reveiller et leur expliquer que nous aussi etant
clients, si nous ne pouvions dormir la nuit, il etait injuste que eux puissent dormir le jour - et eventuellement repasser les reveiller un peu plus tard avant d'aller a la galerie. Vers 8h, Bert
est sorti de la chambre avant moi et a pris les devant: il a tambourine a la porte des voisins encore plus fort qu'ils ne l'avaient fait la veille, engueule un bon coup ses occupant avant de
continuer sur les autres chambres des fouteurs de bordel. Puis petite explication avec le manager de l'hotel. C'est la que je l'ai retrouve avec Khanh qui n'avait pas pu dormir non plus. Et
puis un autre client aussi est venu se plaindre. Idem pour Olive mais qui a emerge un peu plus tard. Le manager de l'hotel n'avait pas l'air de prendre l'affaire trop au serieux jusqu'au moment
ou un potentiel client est entre et qui a fuit apres qu'on ait dit qu'il y avait un bordel monstre ici, impossible de dormir etc... La le manager c'est hyper enerve, il a perdu la face - chose
rare, nous a engueule et finalement est monte direct virer les gars... Le soir meme, c'etait notre meilleur pote. Lui et les autres employes de l'hotel sont meme venus a notre
vernissage...
A la galerie, le gros des oeuvres exposees est arrive dimanche mais les travaux pas completement finis donc chaud pour deballer... Lundi soir le videoproj est arrive, j'ai pu faire les tests avec
l'aide de Bruno (venu de Bangkok pour voir l'expo), trouver l'emplacement, faire le wall draw et caller a peu pres l'anim a projeter par dessus (enfin plutot donner des indications a Lionel en
tenant l'echelle pour qu'il le fasse). Mardi, j'ai du remettre quelques couches de peinture dans la salle ou etaient mes dessins (que je voulais peinte en une espece de rouge) avant de les
accrocher avec Lionel, Amelie et Beili.
Mardi soir, vernissage. Enormement de monde. Je crois que je n'ai jamais vu autant de monde a un vernissage au Vietnam. Mis a part le bout de plafond qui est tombe, tout s'est bien passe. Malgre
des oeuvres inegales, l'ensemble fonctionnait bien et le soir tombe les finitions degeu se voyaient beaucoup moins... Vers 8h30, 9h, les invites ont bouge au Angelina, loue par Betty pour l'after
du vernissage ou Bert, Olive et Boris ont mixe.
Mercredi matin, nous avions achete un billet de train a Thanh pour qu'elle aille passer quelques jours dans son village (ou vit son fils Dung). Grand depart donc et surtout un peu d'angoisse car
Thanh rentre seule en avion dimanche a Saigon.... A 9h, Bert, Kiks et moi allons aux Beaux-arts pour une conference de l'artiste bresilien Tunga, invite par Betty. Conference completement
improvisee et sans aucun doc, Tunga s'est lance dans une analyse poetique du... Jetlag... Kim-Ly a suivi plus de la moitie de la conference en applaudissant regulierement, puis nous sommes allees
jouer a ramasser des cailloux dans la cour en attendant la fin. En debut d'aprem, petite sieste en famille chez Emilie et le soir, vol de retour sur Saigon...
« Chaque fois que l’argent est en vue, disait William Blake (...), l’art n’a pas sa place. En face, l’ecrivain Samuel Johnson etait aussi categorique : « Personne, a moins d’etre un imbecile, n’a jamais ecrit si ce n’est pour de l’argent ».
La verite doit surement se trouver quelque part entre les deux, peut-etre davantage du cote de Johnson que de celui de Blake. (...) L’idee que l’argent, le mecenat et le commerce souillent automatiquement les sources de l’imagination est une pieuse fiction que partagent les artistes manques revant d’utopie, et quelques personnes de genie, tel Blake, mais que les faits eux-memes contredisent. L’art de Titien et du Bernin, de Piero della Francesca et de Poussin (...) n’aurait jamais existe si nul ne s’etait trouve la pour le payer, et bien. Picasso etait millionnaire a quarante ans, et ne s’en portait pas plus mal. Cela dit, certains peintres sont millionnaires a trente ans sans que leur art en tire aucun profit. Face a la star qu’on voit se pavaner comme un dindon, le cou surcharge des fleurs que lui adresse le marche, il faut opposer les nombreux artistes vaincus par l’indifference et l’effondrement de la confiance en soi qui en resulte. (...) L’idee que l’eau froide, le pain rassis et les huissiers favorisent l’art a presque totalement disparu de njos jours, comme celle de la vertu correctrice du martinet.
Robert Hugues, Rien qu'un critique
« Radical signifie « qui appartient a la racine ». Le mot
radicant, qui lui succede dans les bons dictionnaires, designe un organisme qui fait pousser ses racines au fur et a mesure qu’il avance. Ce n’est pas un rhizome, mais une ligne obstinee et
dialogique, dans la mesure ou elle doit negocier avec le sol qui l’accueille. »
Nicolas Bourriaud, Art Press fevrier 2009
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