Si l'on est pas crucifié, comme le Christ, si l'on s'arrange pour survivre, pour continuer à vivre et à dominer, à dépasser le sens du désespoir et de la futilité, alors se produit un autre et non moins curieux phénomène. Il semble que l'on était réellement mort, puis que l'on est ressuscité, réellement aussi; on vit une vie surnormale, à la façon des chinois. Autrement dit, on est gai plus que nature, et sain même, et indifférent. On a perdu le sens de la tragédie : on continue à vivre comme une fleur, un rocher, un arbre, ne faisant qu'un avec la nature, en même temps que dressé contre elle. Si votre meilleur ami vient à mourir, vous ne vous souciez même pas d'aller à l'enterrement. Si vous voyez un homme renversé par un tram à vos pieds, vous continuez votre route comme si de rien n'était; si la guerre éclate, vous laissez vos amis partir pour le front, mais vous ne portez vous-même aucun intérêt au massacre. Et ainsi de suite, à l'infini. La vie devient un spectacle, et si par hasard vous êtes artiste, vous enregistrez la représentation au fur et à mesure. La solitude est abolie parce que toutes les valeurs, les vôtres comprises, sont anéanties. Il n'y a que la sympathie qui fleurisse, mais ce n'est pas la sympathie humaine, la sympathie bornée – c'est quelque chose qui tient du monstre et du mal. Tout vous devient si égal que vous pouvez vous payer le luxe de vous sacrifier pour n'importe qui ou quoi. En même temps l'intérêt, la curiosité que vous portez aux choses se développent à une vitesse outrageante. Il y a là aussi matière à suspicion, puisque cela signifie que vous attacherez autant d'importance à un bouton de col qu'à une cause profonde. Il n'existe plus de différence fondamentale, inaltérable, entre les choses : tout n'est que flux, périssable. La surface de l'être s'émiette continuellement et pourtant l'intérieur est plus dur que le diamant. Peut-être est-ce l'existence de ce joint central, dur, magnétique, en dedans de vous, qui fait que les autres viennent à vous bon gré mal gré. Une chose est sûre : s'il vous arrive de mourir et de ressusciter ainsi, vous appartenez à la terre, et tout ce qui appartient à la terre devient votre propriété inaliénable. Vous devenez une anomalie de la nature, un être qui a perdu son ombre; vous ne connaissez pas de seconde mort; vous ne ferez que passer, comme les phénomènes qui vous entourent.
Henry Miller, Tropique du capricorne

le petit animal de compagnie de Flo, Mag et leur collocataires : une chaussette
Le sujet de l'homme sérieux a été abordé pour la première fois par Sartre dans La Nausée, dans une formidable galerie de portraits de citoyens respectables, les salauds. Il devint par la suite le thème central du roman de Camus, L'étranger. Le héros du livre, l'étranger, est un homme ordinaire qui refuse tout simplement de se soumettre à l'esprit de sérieux de la société, qui n'accepte pas de se confronter aux obligations des fonctions qu'elle lui attribue. Il ne se comporte pas en fils à l'enterrement de sa mère – il ne pleure pas ; il ne se comporte pas en mari – il refuse de prendre le mariage au sérieux au moment des fiancailles. Comme il ne prétend pas être ce qu'il n'est pas, il est un étranger que personne ne comprend, et il paye de sa vie cet affront à la société. Refusant de jouer le jeu, il est isolé de ses congénères par une totale incompréhension, et isolé de lui-même au point d'en perdre sa faculté d'expression. Dans une dernière scène, juste avant sa mort, le héros parvient à fournir une sorte d'explication, laissant entendre que pour lui la vie possédait un tel mystère et une si terrible beauté qu'il ne jugeait pas nécessaire de « l'améliorer » par des artifices de bonne conduite et d'inutiles faux-semblants.
Hannah Arendt, L'existentialisme français, publié dans The Nation, 1946
Il s'agit d'aborder un exotisme nouveau. Non plus un exotisme dans le sens tropical ou géographique, mais temporel et quotidien, un « espace à quatre dimensions » pour en « arriver très vite à définir, à poser la sensation d'exotisme : (...) qui n'est que le pouvoir de concevoir l'autre ».
(Introduction catalogue Pierre Huygues, Celebration park / dernière citation de Victor Ségalen)
Voici une citation tiree du dernier mail de Bert qui est maintenant a Bordeaux :
. le soir on a été manger au fameu x resto de danne, le Hoi an... et le mec du resto, un viet de mon age, habitait encore l'année derniere au 78 nguyen trai !!!! incroyable !! il allait prendre son cafe chez madame cafe!!!! il y retourne dans 15 jours, alors on va se voir la bas .... pour un café !!!...>>>>>
alors Danne c'est la maman de Bert
78 Nguyen Trai c'est la porte d'a cote de chez nous

from "Totally Fucked Up", "The Doom Generation" et "Nowhere" de Gregg Araki.
Le subit engouement des institutions et collectionneurs francais pour un jeune artiste vivant a New York depuis son plus jeune age, Jules de Balincourt, prend aujourd'hui valeur de symbole : Balincourt, premier artiste de la diaspora francaise? Si l'on considere le nombre important d'acteurs du monde de l'art francais, jeunes ou moins jeunes, qui sont en passe de partir pour l'etranger ces temps-ci, la formule n'est pas totalement gratuite. Il suffirait de publier la liste des artistes francais vivant plus ou moins regulierement a Berlin pour s'en persuader. Mais cette vague d'exils, au-dela de ce qu'elle revele sur une societe francaise bloquee, n;est-elle pas egalement une chance pour une scene artistique restee trop longtemps cannibale de sa propre histoire? Le 'grand inventaire de la scene artistique" du Grand Palais (...) semble poser une question : "Qu'avons-nous?", dans tous les sens de l'expression.
Nicolas Bourriaud, in Art Press 2 no 1
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