jjj WONDERFUL IN SAIGON jjj
| Février 2010 | ||||||||||
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A quelques jours d’intervale, j’ai eu les deux plus grandes montees de colere que j’ai jamais eues depuis que nous sommes ici (mais rien de grave au final, tout n’a ete que verbal) – j’en ai quand meme tres rarement eu des comme ca de toute ma vie, a vrai dire c’est la troisieme fois.
La, ca s’est deroule lors d’evenements finalement assez anodins, les deux fois contre la meme personne ; c’est fou comme certaines situations peuvent provoquer des declics comme ca, incontrolables. En fait ca me fait comprendre comment un mari peut en venir a battre sa femme (ou l’inverse) ou bien comment des gars comme on en a vu a Hanoi peuvent avoir envie de se battre a coups de casques dans la tete...
La premiere fois, c’etait jeudi matin en allant a la piscine avec Emilie. On monte dans un taxi d’une marque qu’on ne prend pas souvent. Il roule en direction de la pistoche et a un carrefour, il cogne une autre voiture. Il est en tort, il a fonce droit dans la portiere de l’autre voiture mais notre chauffeur descend et gueule comme un veau, s’excite contre l’autre chauffeur, et de temps en temps revient dans la voiture pour nous gueuler aussi dessus comme si c’etait notre faute. J’ai tout simplement horreur de subir ce genre de violences verbales ou physiques lorsqu’elles sont infondees mais bon je gere, tout du moins au debut... On attend un peu dans la voiture voir si la situation s’ameliore et si on a des chances d’arriver a bon port et puis on finit par descendre du taxi. Le gars nous re-gueule dessus et la je pete un cable et lui hurle de toutes mes forces un truc en francais ; vu de l’interieur, la violence que j’ai deployee etait comparable a me jeter sur lui pour le degommer a coup de brique, mais je ne sais pas ce que ca donnait vu de l’exterieur. En tout cas ca il s’est tu et nous a laisse partir tranquille. Il ne lui est meme pas venu a l’idee de nous demander de payer le bout de trajet qu’on avait deja fait et encore moins a nous de lui proposer de le payer... Le coup de nerf est redescendu aussi vite qu’il etait monte, on a fini a pied en rigolant du temperament soit disant hyper zen des asiatiques.
Hier aprem, je revenais d’un rendez-vous avec Jes et Trang qui m’invitent a participer a une expo qu’ils organisent a Hanoi. Trang et Jes etaient avec moi avec leur petit garcon Ingolf de 17 mois. En arrivant devant notre porte (au premier etage), on entend un gars hurler en anglais qui descend du deuxieme. Pas trop de doute, pour crier en anglais, soit c’etait apres Emilie, soit apres Bert. Je ne reconnais pas le chauffeur sur le coup, mais deja tout l’immeuble est au courant et m’explique la situation : le bonhomme crie qu’Emilie a pris son taxi quelques jours plus tot et qu’elle ne l’a pas paye. Je resitue l’affaire de l’accident de jeudi matin. Le chauffeur continue en hurlant des insultes dans l’escalier et s’en va. Coup de fil d’Emilie, encore toute tremblante et, pendant qu’on est au bout du fil, le chauffeur, qui a fait demi-tour, revient. Emilie veut s’enfermer chez elle. J’explique ce qui s’est passe a Thanh et lui demande d’aller chercher la police. Elle sort et dans les escaliers, se retrouve face au gars et lui dit qu’on veut aller chercher les flics. Il flippe et s’apprete a se tailler vite fait. En meme temps Trang a cote de moi me dit que c’est peut-etre la mafia et que je devrais lui payer le montant de la demi-course qu’on lui doit (30 000 dongs – 1 euro 50, meme pour ici c’est pas grand chose). Je planque Kim-Ly et sort avec 30 000 dongs que je jette par terre devant le gars en hurlant comme une demeuree. Au debut il n’en veut pas, je le force (toujours en hurlant) et il s’en va. Tous les voisins sont dehors. Ca y est, je pense que je suis consideree vraiment comme une des leur maintenant ! Pareil que la derniere fois, le coup de nerf est redescendu aussi vite qu’il etait monte mais pendant quelques heures apres, j’ai quand meme ete inquiete a l’idee qu’il puisse revenir quand on etait pas la et qu’il ne trouve que Thanh et Kim-Ly. Mais maintenant je suis sure qu’il ne reviendra pas. D’abord parce qu’il flippe qu’on appele la police. Ensuite parce qu’on lui a paye ses foutus 30 000 dongs et que je me dis que probablement le probleme est que sa compagnie de taxi exploite ses chauffeurs et que dans des situations d‘accident et de voiture abimee, les chauffeurs doivent rembourser une somme qu’ils n’ont pas, d’ou le comportement completement hysterique du chauffeur lors de l’accident et pourquoi sur le coup il n’a pas pense a nous demander de payer la course. Surement aussi par contre que le moindre dong manquant sur les courses effectuees dans la journee implique pour le chauffeur remboursement ou penalite, ce qui explique pourquoi il nous ait cherche jusqu’a nous retrouver chez nous... Du coup, finalement j’eprouve plutot de la compassion pour ce pauvre gars et je ne regrette plus de ne pas l’avoir balance par dessus la rembarde de l’escalier.
Raconte comme ca, je me rends compte que ca a l’air d’un ridicule non-evevenement mais pour une gentille fille comme moi, ce furent comme des decharges electriques de pure violence.
La toute premiere fois que j’ai eu cette sensation, c’etait dans un bar a Nice. Apres avoir bu un verre (un seul je precise), on voulait partir et un mec bourre bouchait l’entree et s’etait mis dans la tete qu’il ne laisserait sortir personne. On se demande ce qu’on doit faire, attendre un peu ou essayer quand meme. On essaie gentiment mais le mec ne veut decidement pas et la : grosse montee. J’ai simplement envie de partir et ne supporte pas qu’on m’empeche sans raison alors je force le passage, je le pousse. Il me repousse, forcement. Une baffe part et la ca manque de partir en grosse baston mais comme je suis une fille, les amis avec qui je suis lui sautent dessus et le maitrisent. Et on finit par sortir. Fin de l’episode.
Deuxieme fois, il y a une dizaine d’annees : a Paris un soir de fete de la musique ou un truc dans le genre (enfin un evenement qui fait rappliquer dans la rue parisiens et banlieusards), vers les Halles je crois. Avec Bert et un copain. On marche sur le trottoir et un petit groupe de mecs arrive en face. L’un d’eux avance droit sur moi et me bouscule hyper fort en me disant pousse toi connasse. J’ai pas le temps de reagir et Bert et le copain ont la lucidite de continuer sans broncher – car le but du mec etait clair : provoquer la reaction des deux garcons en face en s’en prenant a la fille pour que ca parte en baston et qu’eventuellement un coup de couteau se perde. On continue tous les trois comme si de rien n’etait et moi je commence a bouillir interieurement, mais mon instinct de survie m’empeche de faire demi-tour. Pendant les heures suivantes, je n’ai cesse de prier un dieu imaginaire pour que le mec meure a l’instant dans d’atroces souffrances, ecrase a moitie par une voiture ou zigouille par une autre bande. Je priais et priais hyper fort jusqu’a m’endormir, comme quand j’etais petite et que je demandais a Dieu de proteger Helene (ma petite soeur – j’etais persuadee que sinon elle allait se faire enlever). Aujourd’hui encore, j’espere que ma priere vengeresse de petite fille sans probleme s’est realisee.
En tout cas pour cette fois, j’ai expulse mon quota de violence pour une decennie et hier soir en m’endormant je sentais remonter doucement un amour demesure pour les gens que j’aime.
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