congelateur

Janvier 2009
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sur le bahut

Dimanche 22 octobre 2006
Ce jour-là, j'erre par les petites rues, derrière un aveugle qui joue de l'accordéon. De temps à autre, je m'assieds sur un perron et j'écoute jouer un air. A l'Opéra, la musique n'a pas de sens; ici, en pleine rue, elle prend tout juste la nuance de démence nécessaire pour devenir poignante. La femme qui accompagne l'aveugle tend une sébille en fer-blanc; elle aussi participe de la vie, comme la sébille, comme la musique de Verdi, comme l'Opéra Metropolitain. Tout être, toute chose participent de la vie, mais lorsqu'on a fini d'additionner, il manque toujours un je ne sais quoi, qui fait que l'on n'obtient pas encore la vie. Quand donc y a-t-il vie, me demandé-je, et pourquoi pas maintenant? L'aveugle poursuit sa course errante; moi je demeure assis sur mon perron.


Je suis le gorille qui se sent pousser des ailes, un gorille ivre de vertige au ventre d'un vide immense et satiné, la nuit même grandit et pousse, telle une plante électrique, lançant en gerbe ses bourgeons chauffés à blanc dans la nuit veloutée des espaces. Je suis cette nuit des espaces, nuit de la nuit, où les bourgeons explosent d'angoisse – étoile de mer dans l'océan gelé des rosées lunaires. Je suis le ferment d'une folie nouvelle, un faux-semblant vêtu de mots intelligibles, un sanglot enfoui comme une écharde au coeur vif de l'âme. Je danse la danse très raisonnable et adorable du gorille angélique.

Henry Miller, Tropique du capricorne

par sandrine publié dans : citation
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