Ce jour-là, j'erre par les petites rues, derrière un aveugle qui joue de l'accordéon. De temps à autre, je m'assieds sur un perron et j'écoute jouer un air. A l'Opéra, la musique n'a pas de sens; ici, en pleine rue, elle prend tout juste la nuance de démence nécessaire pour devenir poignante. La femme qui accompagne l'aveugle tend une sébille en fer-blanc; elle aussi participe de la vie, comme la sébille, comme la musique de Verdi, comme l'Opéra Metropolitain. Tout être, toute chose participent de la vie, mais lorsqu'on a fini d'additionner, il manque toujours un je ne sais quoi, qui fait que l'on n'obtient pas encore la vie. Quand donc y a-t-il vie, me demandé-je, et pourquoi pas maintenant? L'aveugle poursuit sa course errante; moi je demeure assis sur mon perron.
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