jjj WONDERFUL IN SAIGON jjj
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Le jour même où je retrouve mon petit chez moi à Saïgon, s'ouvre l'expo Welcome Home, "parcours initié par Ipso Facto les 21 et 22 octobre 2006, à Nantes" et ainsi mon expo chez Mai et Christophe.

Voici le petit texte rédigé pour l'occasion par Mai.
Sandrine Llouquet Présence des fantômes Elle se déplace dans l’appartement, avec cette démarche furtive et discrète d’un chat en chaussettes noires au port de tête délicat et aux iris si sombres qu’on ne parvient à distinguer ses pupilles. La tête à peine penchée, elle s’absorbe quelques minutes, ni rapides, ni longues, le temps d’observer un mur, une porte, une couleur, une distance. “Vous avez de la peinture blanche, un crayon de papier, une gomme et une règle ?”, demande-t-elle. Avec cette non-extravagance dans le choix des matériaux, avec ce tout dans la simplicité, et peut-être même teintée de pudeur bienveillante, elle s’adapte et contrôle à la fois respectueusement l’environnement. Face à cet in-situ bancal et complexe parce que quotidien d’une sphère familiale inconnue, très éloigné du white cube dédié, elle s’engage complice sur le terrain des questions intimes de l’enfance. Figures d’agitateurs muets quasi invisibles au-dessus du monochrome blanc fraîchement peint, les fantômes blancs sur le fond jaune du mur de la cuisine sautent dans le vide, petits et gros, rient, discutent ou fuient, ils sont comme La Linéa de L’Île aux enfants de nos années 1970 qui nous aurait incidemment révélé que la vie était loin d’être une ligne droite toute tracée telle qu’on aurait voulu nous faire croire. Dans le couloir de l’appartement, nœud central et neutre comme un espace public anodin, derrière les portes duquel se cachent l’inaccessible secret de nos vies privées, les wall-drawings au trait de crayon de bois reflètent dans une proportion parfaite les deux portes des enfants savamment calculée selon leur taille réelle indiquée sur une portion de mur. S’échappent des silhouettes de personnages qu’elle crée numériquement, des émanations de démons exorcisés, exhortés de télé, de mangas, de pokemon et autres figures électro-virtuelles des années 2000, sauf qu’elles auraient toutes en plus un truc bizarre, anormal, une tête coupée, une corne sur la tête, des bras démesurés, des pieds d’aigle. “Je peux expliquer le processus, mais dire d’où ça vient, je ne sais pas. De ma vie ? De quelque chose que j’ai vu dans le journal ?”, nous dira-t-elle. A hauteur d’enfants ou de vietnamiens (ce que nous sommes en partie) et suspendue pour l’une d’elles devant le grand miroir, quatre peintures sur rhodoïd exhalent de cette transparence, qui loin de se rendre synonyme d’une quelconque vérité dévoilée, au contraire se plie à n’en voir qu’une partie de réalité souvent terrifiante – comme le pitbull – ou du moins inquiétante et étrange, comme une mise en relief de la vision de l’artiste qui au détour de la multiplication du flux des images quotidiennes n’en prélève qu’un substrat sensible. Mai Tran (octobre 2006) ainsi que la traduction d'un extrait du texte écrit par Quynh lors de Troi oi! Sandrine Llouquet pratique un art de la perturbation joyeuse, banale et fantastique. Adapter son travail à l’environnement n’est pas question d’après-coup, mais partie intégrante du processus artistique. Pour elle, “l’adaptation au lieu et au contexte est une qualité nécessaire non seulement pour vivre au quotidien mais aussi pour l’artiste contemporain”. Le travail de Llouquet se développe, intrinsèquement fructueux, prolifère, et puis il s’altére pour devenir part entière de l’environnement. Rarement rattaché à un seul theme, son travail s’inspire de sources variées, d’éléments de son histoire personnelle aux événements relayés par les medias relevés par “hasard”. Malgré cela, il existe un lien qui semble connecter l’ensemble de son travail : l’idée de transformation. Qu’ils subissent une transformation ou soient déjà métamorphosés, les figures, creatures et objets de son travail apparaissent à l’aise, naturels, même banaux dans leur nouvelle condition. Llouquet offre un espace à ses sujets, les réduisant à des simples et ambigues images qu’elle montre sans ostentation. Que ces sujets ne soient pas compliqués suggère leur potentiel d’interprétations à plusieurs niveaux. Eludant les sens figés, ils ont la capacité de susciter une réponse puissante des spectateurs à travers leur manque de caractéristiques remarquables. Comme les silences en musique, le vide créé dans les environnements autour de ses sujets ajoute une tension à la composition générale (...) Quynh Pham (novembre 2005) (traduit par Mai Tran)
La contradiction est au cœur même de son travail – un dispositif qu’elle emploie fréquemment pour subvertir la realité et suggérer de nouveaux regards. Par l’utilisation de matériaux incongrus en relation étroite avec ses préoccupations, l’artiste provoque anxiété et confusion chez le spectateur, suivis étrangement par un sentiment d’acceptation de ces images anormales.

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