Je vais mourir en tant que ville pour renaître en tant qu'homme. (...) Avant de redevenir tout à fait homme, il est probable que j'existerai en tant que parc - sorte de parc naturel où l'on vient se reposer, laisser couler le temps. Les paroles, les actes des autres n'auront que peu d'importance : ils n'apporteront avec eux que leur fatigue, leur ennui, leur désespoir. (...) Au sortir d'une telle manie furieuse de la perfection, personne, naturellement, ne se serait attendu à une évolution qui aboutirait à un parc sauvage; personne, pas même moi; mais mieux vaut, infiniment mieux, en attendant la mort, vivre en état de grâce et d'émerveillement naturel. Infiniment mieux, tandis que la vie progresse vers une perfection de mort, n'être qu'un brin d'espace qui respire, une étendue de vert, un coin de fraîcheur, un petit lac d'eau pure. Mieux vaut aussi accueillir les hommes en silence, les envelopper dans les plis de son manteau, car il n'y a pas de réponse à leur faire tant qu'ils se ruent comme des fous pour voir ce qu'il y a de l'autre côté du tournant.
Henry Miller, Tropique du capricorne
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