jjj WONDERFUL IN SAIGON jjj
| Janvier 2009 | ||||||||||
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Lorsque dominent les liens tissés autour de la famille, du lignage et des groupes de proximité, et que l'individu est défini par la place qu'il occupe dans un ordre hiérarchique, la sécurité est assurée pour l'essentiel sur la base de l'appartenance directe à une communauté et dépend de la force de ces attaches communautaires. On peut parler alors de protections rapprochées.
(...) Dans ces sociétés - dont on est obligé ici de simplifier la description - il existe évidemment aussi de l'insécurité interne. Mais elle est portée par les individus et les groupes qui sont détachés des systêmes de dépendances-protections communautaires. Dans les sociétés préindustrielles européennes, ce danger s'est cristallisé sur la figure du vagabond, c'est-à-dire l'individu désaffilié par excellence, à la fois hors inscription territoriale et hors travail. La question du vagabondage a été la grande question sociale de ces sociétés, elle a mobilisé un nombre extraordinaire de mesures à dominante répressive pour tenter - en vain d'ailleurs - d'éradiquer cette menace de subversion interne et d'insécurité quotidienne qu'étaient censés représenter les vagabonds. Si l'on voulait écrire une histoire de l'insécurité et de la lutte contre l'insécurité dans les sociétés préindustrielles, le personnage principal en serait le vagabond, toujours perçu comme potentiellement menaçant, et ses variantes ouvertement dangeureuses comme le brigand, le bandit, le outlaw - autant d'individus sans attaches qui représentent un risque d'agression physique et de dissociation sociale parce qu'ils existent et agissent en dehors de tout systême de régulations collectives.
(...) Avec l'avènement de la modernité, le statut de l'individu change radicalement. Il est reconnu pour lui-même, indépendamment de son inscription dans des collectifs. Mais il n'est pas pour autant assuré de son indépendance, au contraire. C'est sans doute Thomas Hobbes qui a donné la première peinture, effrayante et fascinante, de ce que serait vraiment une "société d'individus". (...) Une société d'individus ne serait plus à proprement parler une société mais un état de nature, c'est-à-dire un état sans loi, sans droit, sans constitution politique et sans institutions sociales, en proie à une concurrence effrénée des individus entre eux, à la guerre de tous contre tous.
Ce serait de ce fait une société d'insécurité totale. Affranchis de toute régulation collective, les individus vivent sous le signe de la menace permanente parce qu'ils ne détiennent pas en eux-mêmes le pouvoir de protéger et de se protéger. (...) On conçoit dès lors que le besoin d'être protégé puisse être l'impératif catégorique qu'il faudrait assumer à n'importe quel prix pour pouvoir vivre en société.
L'insécurité sociale, Robert Castel
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