congelateur

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sur le bahut

Lundi 28 janvier 2008

Je suis a peu pres convaincu de n’etre jamais reveille. J’ignore si je ne reve pas quand je vis, si je ne vis pas quand je reve, ni si le reve et la vie ne sont pas en moi des choses melees, intersectionnees, dont mon etre conscient se formerait par interpenetration. Parfois, plonge dans la vie active, qui me donne comme a tout le monde, une claire vision de moi-meme, je sens m’effleurer cependant une etrange sensation de doute, je ne sais plus si j’existe, je sens que je pourrais etre le reve de quelqu’un d’autre ; il me semble, presque physiquement, que je pourrais etre un personnage de roman se mouvant, au gre des longues vagues du style, dans la verite toute faite d’un vaste recit.

Fernando Pessoa, Le livre de l’intranquillite

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Dimanche 18 novembre 2007
Albert Einstein
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Mercredi 17 octobre 2007

...

“ Papa, a propos de l’education des enfants: “Il n’y a pas de meilleure ecole que le voyage. Songe aux Carnets de voyage de Che Guevara ou a ce que Montrose St Millet ecrivait dans L’ere des explorateurs : « L’immobilite est stupide. Or la stupidite c’est la mort. »  Par consequent il nous faut vivre. La Betsy assise a cote de toi en classe ne connait que Mapple Street et sa petite maison blanche bien carree, ou se lamentent ses petits parents blancs bien carres. Apres tes voyages, tu connaitras Mapple Street, bien sur, mais aussi le desert et les ruines, les carnavals et la lune. (...) Quand un enseignant demandera a la classe de reciter Le Paradis perdu, personne ne t’arrivera a la cheville, ma cherie, tellement tu seras immense. Pour eux, tu representeras un point au-dela de l’horizon. Et quand tu te poseras finalement en ce monde... » Il haussait alors les epaules avec un sourire paresseux comme un vieux chien. « Je crains que tu n’aies d’autre choix que d’entrer dans la legende. »
Marisha Pessl, La physique des catastrophes

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Vendredi 27 juillet 2007
Le jour du suicide de mon fils, je me suis fait des oeufs à la tomate. Un chien vivant vaut mieux qu'un lion mort, estime justement l'Ecclésiaste. Je n'avais jamais aimé cet enfant : il était aussi bête que se mère, et aussi méchant que son père. Sa disparition était loin d'être une catastrophe ; des êtres humains de ce genre, on peut s'en passer.

Le corps enlaidi, détérioré des vieillards était cependant déjà l'objet d'un dégoût unanime, et ce fut sans doute la canicule de l'été 2003, particulièrement meurtrière en France, qui devait provoquer la première prise de conscience du phénomène. « La manif des vieux », avait titré Libération le lendemain (...). Dans les semaines qui suivirent ce même journal publia une série de reportages atroces, illustrés de photos dignes des camps de concentration, relatant l'agonie des vieillards entassés dans des salles communes, nus sur leurs lits, avec des couches, gémissant tout le jour sans que personne ne vienne les réhydrater ni leur tendre un verre d'eau (...). « Des scènes indignes d'un pays moderne », écrivait le journaliste sans se rendre compte qu'elles étaient la preuve, justement, que la France était en train de devenir un pays moderne, que seul un pays authentiquement moderne était capable de traiter les vieillards comme de purs déchets (...).

Rares (...) sont les hommes qui acceptent d'être aimés pour leur argent, en Occident tout du moins, c'est autre chose chez les commerçants chinois. Dans la simplicité de leur âme, les commerçants chinois considèrent que leur Mercedes classe S, leurs salles de bains avec appareil d'hydromassage et plus généralement leur argent font partie d'eux-mêmes, de leur personnalité profonde, et n'ont donc aucune objection à soulever l'enthousiasme des jeunes filles par ces attributs matériels, ils ont avec eux le même rapport immédiat, direct, qu'un Occidental pourra avoir avec la beauté de son visage (...).

La possibilité d'une île, Michel Houellebecq

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Jeudi 31 mai 2007

Lorsque dominent les liens tissés autour de la famille, du lignage et des groupes de proximité, et que l'individu est défini par la place qu'il occupe dans un ordre hiérarchique, la sécurité est assurée pour l'essentiel sur la base de l'appartenance directe à une communauté et dépend de la force de ces attaches communautaires. On peut parler alors de protections rapprochées.

(...) Dans ces sociétés - dont on est obligé ici de simplifier la description - il existe évidemment aussi de l'insécurité interne. Mais elle est portée par les individus et les groupes qui sont détachés des systêmes de dépendances-protections communautaires. Dans les sociétés préindustrielles européennes, ce danger s'est cristallisé sur la figure du vagabond, c'est-à-dire l'individu désaffilié par excellence, à la fois hors inscription territoriale et hors travail. La question du vagabondage a été la grande question sociale de ces sociétés, elle a mobilisé un nombre extraordinaire de mesures à dominante répressive pour tenter - en vain d'ailleurs - d'éradiquer cette menace de subversion interne et d'insécurité quotidienne qu'étaient censés représenter les vagabonds. Si l'on voulait écrire une histoire de l'insécurité et de la lutte contre l'insécurité dans les sociétés préindustrielles, le personnage principal en serait le vagabond, toujours perçu comme potentiellement menaçant, et ses variantes ouvertement dangeureuses comme le brigand, le bandit, le outlaw - autant d'individus sans attaches qui représentent un risque d'agression physique et de dissociation sociale parce qu'ils existent et agissent en dehors de tout systême de régulations collectives.

(...) Avec l'avènement de la modernité, le statut de l'individu change radicalement. Il est reconnu pour lui-même, indépendamment de son inscription dans des collectifs. Mais il n'est pas pour autant assuré de son indépendance, au contraire. C'est sans doute Thomas Hobbes qui a donné la première peinture, effrayante et fascinante, de ce que serait vraiment une "société d'individus". (...) Une société d'individus ne serait  plus à proprement parler une société mais un état de nature, c'est-à-dire un état sans loi, sans droit, sans constitution politique et sans institutions sociales, en proie à une concurrence effrénée des individus entre eux, à la guerre de tous contre tous.

Ce serait de ce fait une société d'insécurité totale. Affranchis de toute régulation collective, les individus vivent sous le signe de la menace permanente parce qu'ils ne détiennent pas en eux-mêmes le pouvoir de protéger et de se protéger. (...) On conçoit dès lors que le besoin d'être protégé puisse être l'impératif catégorique qu'il faudrait assumer à n'importe quel prix pour pouvoir vivre en société.

L'insécurité sociale, Robert Castel

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Mardi 15 mai 2007
Le tribunal populaire de Ho Chi Minh Ville a condamné  le 10 mai, Le Nguyen Sang, Nguyen Bac Truyen et Huynh Nguyen Dao respectivement à 5 ans, 4 ans et 3 ans de prison pour propagande contre la République socialiste du Vietnam. Ces accusés resteront aussi deux ans en résidence surveillée après leur libération. Ils ont reconnu avoir "suivi" Do Cong Thanh, communiqué avec lui via Internet et d’avoir adhéré à son organisation "le parti démocratique populaire". Le Nguyen Sang, né en 1959, ancien médecin ayant exercé dans un cabinet de consultation privé sur la rue Xo Viet Nghe Tinh, Q. Binh Thanh, Il est le rédacteur de la dernière déclaration en 9 points du « parti démocratique populaire ». Il a également rédigé des articles calomniant le parti communiste et l’Etat vietnamien et a incité les habitants "manifester contre le régime. Le Nguyen Sang a imprimé environ 1.600 tracts critiquant le régime. Nguyen Bac Truyen, né en 1968, directeur de la société Viet Thinh Phu, a été chargé de trouver de nouveaux adhérents pour le « parti démocratique populaire » dans les villes et provinces du pays. Il a été également chargé de diffuser les tracts, de former des groupes de manifestants à l’occasion de l’arrivée au Vietnam du président américain G. Bush pour le sommet de l’APEC 14 (mais par crainte d’étre arreté il a du abandonner la manifestation). Huynh Nguyen Dao, né en 1968, directeur de la société Huynh, a envoyé ses articles au « Télégramme du club démocratique » et a lui-même distribué plus de 400 tracts contre le régime dans certains quartiers de Ho Chi Minh Ville.

(Tuoi Tre, 11/05/07-p.4, Le Courrier du Vietnam, 11/05/07 – p.2, Vietnam News, 11/05/07 – p.2, Saigon Times Daily, 11/05/07 – p.1)

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Mardi 15 mai 2007
Le refus du service de la Culture et de l'Information de Ho Chi Minh Ville d’autoriser l’artiste peintre Kim Hoang d’exposer ses 38 tableaux de nues révèle une fois de plus les différences de perception et de reconnaissance du travail artistique entre le service gestionnaire de la culture et les artistes contemporains. La peintre Kim Hoang a fait savoir que ses photos nues ont été réalisées dans le but de véhiculer une "idée sur la photographie", c’est la raison pour laquelle elle avait baptisé son exposition "closer". Bien que le service de la Culture et de l'Information refuse délibérément de délivrer l’autorisation d’exposer aux yeux du grand public ces photos car elles vont à l’encontre des us et coutumes du Vietnam, les photos nus artistiques ont depuis bien longtemps réussi à s’exposer publiquement en en s’infiltrant dans d’autres collections thématiques. (...) Selon les artistes, la valeur de leurs oeuvres se formera et se consolidera sous le regard du spectateur et par la force du temps. Pour eux, l’opinion publique est seule apte à critiquer cet "art nu".

(Tuoi Tre, 09/05/07-p.12)

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Vendredi 11 mai 2007
Le Chinois a la goût de l'imitation poussé à un tel degré, une soumission si naturelle aux modèles qu'on en est mal à l'aise.

Cette manie est tellement ancrée en eux, que les philosophes chinois ont basé sur elle à peu près toute leur morale, qui est une morale d'exemple.

Le livre des vers dit :

« Le Prince, dont la conduite est toujours pleine d'équité et de sagesse, verra les hommes des quatre parties du monde imiter sa droiture. Il remplit ses devoirs de père, de fils, de frère aîné et de frère-cadet et ENSUITE LE PEUPLE L'IMITE . »

Et voilà, le tour est joué! C'est irrésistible. Ca va aller maintenant tout seul.

Henri Michaux, Un barbare en Asie


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Mercredi 9 mai 2007
La peinture, le théâtre, et l'écriture chinoise, plus que toute autre chose, montrent cette extrême réserve, cette concavité intérieure, ce manque d'aura dont je parlais. (...) Le mouvement des choses est indiqué, non leur épaisseur et leur poids, mais leur linéarité si l'on peut dire. Le chinois possède la faculté de réduire l'être à l'être signifié (quelque chose comme la faculté mathématique ou algébrique). Si un combat doit prendre place, il ne livre pas le combat, il ne le simule même pas. Il le signifie. Cela seul l'intéresse, le combat lui-même lui paraîtrait grossier. (...)

S'il s'agit d'une fuite, tout sera représenté sauf la fuite, - la sueur, les regards de droite et de gauche, mais pas la fuite. Si l'on vous représente la vieillesse, vous aurez tout là, sauf l'expression de vieillesse, et l'allure de vieillesse, mais vous aurez, par exemple, la barbe et le mal au genou. (...)

Dans la création des caractères chinois (...). Prenons une chose qui a l'air bien simple à représenter : une chaise. Elle est formée des caractères suivants (eux-mêmes méconnaissables) :

  1. arbre; 2) grand; 3) soupirer d'aise avec admiration; le tout fait chaise, et qui se recompose vraisemblablement comme ceci : homme (assis sur les talons ou debout), soupirant d'aise près d'un objet fait du bois d'un arbre. (...)

L'idée de représenter la chaise elle-même, avec son siège et ses pieds, ne lui vient pas.

(...)

Seuls les Chinois savent ce que c'est qu'une représentation théatrâle. Les Européens, depuis longtemps, ne représentent plus rien. Les Européens présentent tout. Tout est là, sur scène. Toute chose, rien ne manque, même pas la vue qu'on a de la fenêtre.

Le Chinois, au contraire, place ce qui va signifier la plaine, les arbres, l'échelle, à mesure qu'on en a besoin. Comme la scène change toutes les trois minutes, on n'en finirait pas d'installer des meubles, objets, etc. Son théâtre est extrêment rapide, du cinéma.

Il peut représenter beaucoup plus d'objets et d'extérieurs que nous. 

Henri Michaux, Un barbare en Asie

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Mercredi 9 mai 2007
Le conditionnement pour la mort commence à dix-huit mois. Chaque marmot passe deux matinées par semaine dans un Hopital pour Mourants. On y trouve tous les jouets les plus perfectionnés, et on leur donne de la crème au chocolat des jours de decès. Ils apprennent à considérer la mort comme une chose allant de soi.

Le meilleur des mondes, Aldous Huxley

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